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Aikido – Temps et espace selon Jung et Pauli

Stage Brest Juillet 2018

Séminaire d’étude sur la pratique et les écrits de Ueshiba Morihei selon C.G. Jung et W. Pauli

Carl Jung

Comme chaque année, lors du séminaire de Brest, nous alternons études pratiques et études théoriques autour de Takemusu Aiki, le livre que le fondateur de l’aikido a écrit à la fin de sa vie. Notre approche des textes de Ueshiba se fait à partir des études développées par W. Pauli, l’un des pères de la physique quantique, et de Carl Gustav Jung, le fondateur de la psychologie des profondeurs.

Le thème central de cette année 2018 sera le temps et l’espace. Comment Ueshiba conçoit-il le temps ? Et l’espace ? Pourquoi affirme-t-il que « dans l’aikido, il n’y a ni temps ni espace » ? Quelles sont les expériences qui en témoignent ? Quels sont les états modifiés de conscience qui révèlent, selon lui, le monde intermédiaire dans lequel il n’y a ni temps ni espace ? Nous tenterons de répondre à ces questions par la pratique (travail sur les techniques et sur les transes), et par une étude précise des écrits de Ueshiba Morihei, de Deguchi Onisabruro, le dirigeant de l’Omoto-kyo, et des explications scientifiques de Carl Gustav Jung et Wolfgang Pauli.

Le séminaire est animé par Bruno Traversi, diplômé de l’Aikikai de Tokyo, chercheur au TEC de l’Université Paris V, auteur de L’Arrière-monde ou l’Inconscient neutre selon C.G. Jung et W. Pauli, et par Joffrey Chassat, diplômé de l’Université de Lille3, spécialiste de l’Omoto-Kyo, auteur de Transe et gouvernement de soi et du monde (Editions du Cénacle).

Programme

Jeudi 12 juillet
18h – 19h30 : Aikido
19h30 – 21h : conférence : La synchronicité (espace, temps et acausalité) chez M. Ueshiba, C.G. Jung et W. Pauli
Dans Takemusu Aiki, Ueshiba Morihei, fondateur de l’aikido, présente sa pratique comme un art de la coïncidence. Selon lui, les évènements sont reliés entre eux, non seulement en vertu de la causalité, mais aussi de manière synchronistique. Dans sa « leçon de sabre », il explique ce rapport qui permet d’agir « merveilleusement », conformément aux explications que donne Deguchi Onisaburo. L’enseignement de Ueshiba à propos du temps et de l’espace et ses propres expériences qu’il décrit renvoient aux travaux de Carl Gustav Jung et de Wolfgang Pauli, l’un des pères de la physique quantique, au sujet de la synchronicité. Les deux hommes se réfèrent eux-mêmes aux traditions extrême-orientales.
Vendredi 13 juillet
9h30 – 10h30 : Bâton
10h30 – 12h : Aikido
18h-19h30 : Aikido
19h30 – 21h : conférence : extériorisation et alchimie chez M. Ueshiba, C.G. Jung et W. Pauli
Lorsqu’il explique sa pratique spirituelle et martiale, Maître Ueshiba décrit constamment des extériorisations, processus psychologique qui produit des visions réelles ou tangibles. Extériorisations provoquées par la méthode de transe chinkon kishin no ho que lui avait enseigné Onisaburo Deguchi à l’Omoto-kyo. Ce processus d’extériorisation est expliqué de manière scientifique par Carl Gustav Jung, fondateur de la psychologie des profondeurs. Jung et Pauli (Prix Nobel de Physique en 1945) explorent l’alchimie occidentale et orientale. Leurs explications permettent de mieux comprendre les descriptions que fait Me Ueshiba dans Takemusu Aiki.
Samedi 14 juillet
9h30 – 10h30 : Bâton
10h30 – 12h : Aikido
18h-19h30 : Aikido
19h30 – 21h : conférence : L’arrière-monde chez M. Ueshiba, C.G. Jung et W. Pauli
Me Ueshiba donne pour finalité à sa pratique, l’Aikido, l’émergence d’un monde intermédiaire qui dépasse les dualités entre monde intérieur/monde extérieur, entre physique/psychique, entre moi/autrui. Le monde intermédiaire que décrit Ueshiba doit se comprendre à partir de la théorie que développe Onisaburo Deguchi à l’Omoto-kyo. L’idée qu’il existe un monde intermédiaire est également développé par Jung et Pauli. Selon eux, il existe un Arrière-monde au niveau duquel l’espace et le temps sont autres, monde antérieur qui peut s’approcher de manière scientifique mais aussi à travers certaines expériences à la fois spirituelles et corporelles comme celles de Ueshiba Morihei.

gravure Flammarion frontiere

Dimanche 15 juillet
9h30 – 11h : Aikido
11h-12h : conférence : Le Kagura Mai dans la culture japonaise et dans la pratique de Ueshiba Morihei – une modification du temps et de l’espace.
A la fin de sa vie, Maitre Ueshiba donne à sa pratique le nom de Kagura Mai, « danse inspirée et circulaire ». Il s‘agit d’une danse de type extatique qui s’exécute en transe. Directement issue de l’aikido, comme son achèvement, le Kagura Mai de Ueshiba permet de dépasser la dualité. A partir d’une pratique de la danse Kagura Mai, nous nous attacherons à décrire la transe qui est à l’origine de la danse Kagura Mai de Ueshiba et nous montrerons comment cette pratique permet d’accéder à un autre rapport au temps, au temps de la synchronicité comme le décrivent Jung et Pauli.
Du 12 au 15 juillet
Dojo brestois,
5, rue du Château,
Brest
Stage complet : 90 € (pour 1, 2 ou 3 personnes) ;
une journée : 25 € ;
une demi-journée : 15€ ; conférence seule : 10€
possibilité de dormir au dojo : 8€/nuit
Réservation : bruno.traversi@yahoo.fr – port. : 06 62 34 40 64

onisaburo ueshiba page 1

Ueshiba Morihei et Deguchi Onisaburo
Activités

Conférence : Inconscient et espace selon C.G. Jung et W. Pauli

Pauli-Jung

Physique quantique et psychologie des profondeurs : la question du rapport de l’inconscient à l’espace. De 1932 à 1958, W. Pauli, l’un des pères de la physique quantique, et C.G. Jung, le fondateur de la psychologie des profondeurs, collaborent pour trouver l’unité sous-jacente de l’esprit et de la matière. Dans certains états de conscience modifiée, des éléments de l’inconscient profond peuvent s’extérioriser et modifier l’espace dans lequel nous vivons. L’espace reflète alors la structure de l’inconscient que les deux savants qualifient de « neutre » ou « psychoïde », c’est-à-dire à la fois physique et psychique. A partir de plusieurs témoignages, nous décrierons le processus psychologique en œuvre, et la modification de l’espace et du temps (synchronicité) qui en résulte. Conférence animée par Bruno Traversi (docteur en philosophie, chercheur associé au TEC de l’université Paris V et à la Société Française de Psychologie Analytique), et Alexandre Mercier (Professeur de physique).

  • Vendredi 18 mai de 19h30 à 21h30
  • A MJC de Croix centre social, 93, rue Jean Jaurès, 59170, Croix (Nord)
  • Entrée gratuite, mais nombre de place limité à 30
Pour vous inscrire à la conférence : https://www.facebook.com/events/2008549906056444/
Newsletters

Newsletter n°1

Newsletter Correspondentia

Photo Jung Pauli

Newsletter n°1 – avril 2018

Archétypes, archétypes psychoïdes

Carl Gustav Jung emploie le terme d’archétype pour désigner les contenus de l’inconscient collectif – qui se situe, selon lui, en deçà de l’inconscient personnel ou « relatif » que Freud a circonscrit. Le terme « archétype » se retrouve couramment dans l’Antiquité tardive, sa première occurrence se trouvant chez Cicéron (Lettres à Atticus, 12,5 et 16,3) – du grec archetupos, « modèle primitif ». Jung reprend donc le terme à partir de 1919 en lui conférant un nouveau sens, sens qui évolue au fil de ses travaux, notamment sous l’influence de Wolfgang Pauli, l’un des pères de la physique quantique.
C’est tout d’abord son travail avec les psychotiques qui permit à Jung de repérer dans les comportements et les délires des malades des particularités qui ne peuvent s’expliquer par des circonstances de la biographie individuelle, et qui possèdent des motifs mythologiques. Il en déduit que l’être humain « ne naît pas tabula rasa mais simplement inconscient. Il apporte en naissant des systèmes organisés spécifiquement humains et prêts à fonctionner qu’il doit aux millions d’années de l’évolution humaine. Ces motifs ne sont donc pas inventés, puisqu’ils se retrouvent dans les mythes, les contes de fées, les rêves, les visions de toutes les cultures du monde.» (Psychologie et éducation, Buchet/Chastel, 1963).
Dans Types psychologiques (1921), il définit l’archétype comme une image primordiale – une « trace mnésique, un engramme qui s’est formé par condensation d’innombrables processus événementiels analogues. » Dans ce sens, l’archétype témoigne, non pas de l’histoire individuelle, mais de l’histoire humaine ; et représente, sur le plan individuel, un stade préalable, inconscient, de l’idée. L’archétype constitue de ce point de vue une forme d’instinct – « Il n’y a par conséquent, écrit Jung, aucune raison d’entendre par archétype autre chose que la forme spécifique que l’instinct prend chez l’homme. » L’archétype possède deux versants, biologique et psychique, et constituent des schèmes de comportement humain. Dès Les racines de la conscience, Jung remet en question l’idée que l’archétype soit uniquement psychique : « … on ne peut qualifier avec certitude de psychique. » Il le qualifie alors de « psychoïde », dépassant le clivage physique/psychique. Au cours de ses échanges avec le physicien Wolfgang Pauli (Prix Nobel de physique), cette hypothèse se renforce de sorte qu’il devient une forme de structure, une matrice, reliant le monde intérieur et le monde extérieur, la sphère physique et la sphère psychique, et fondant par conséquent la synchronicité (rapport acausal entre les faits), autre concept majeur mis au point par les deux savants. – L’apport de la physique quantique (à travers Pauli) à la psychologie des profondeurs est ici capital.

« Les archétypes psychoïdes font partie de la substance du psychisme. L’archétype possède empiriquement la propriété de se manifester de façon non seulement psychique et subjective, mais aussi physique et objective, c’est-à-dire qu’on peut éventuellement démontrer son existence à travers un évènement intérieur et psychique et en même temps extérieur et physique. Je vois dans ce phénomène un signe de l’identité des matrices physique et psychique. »

Lettre de Jung à Pauli, le 23 octobre 1953

Correspondance Jung-Pauli.

Archétype et images archétypiques

« L’introspection découvre donc un domaine objectif antérieur à la sphère de l’inconscient personnel. Le sujet, sans possibilités de circonscrire un inconscient qui ne lui appartient pas, mais dont il est à la fois le dépositaire et le phénomène, voit les limites de son intériorité se muer en horizon ; le conscient, avec son centre moïque, baigne dans un inconscient qui l’environne autant qu’il sourd en lui, le déterminant de part en part. Or, ce domaine antérieur au moi ne se donne pas directement : ce n’est pas l’inconscient qui se révèle à l’introspection, mais un contenu inconscient devenu conscient, une « image ». Le problème de l’observation que souligne Pauli renvoie à la différence que fait Jung lui-même entre l’archétype – invisible – et son phénomène dans le monde intérieur, l’image archétypique – le visible. « La réalité invisible, écrit Pauli, peut donc être l’inconscient collectif, les phénomènes visibles des représentations conscientes (les représentations sont « visibles » pour le sujet qui se les représente) » . Le passage de l’invisible au visible, de l’archétype à l’image archétypique, lors de l’observation intérieure est une transformation : « De par sa nature profonde, écrit Jung, l’archétype est un contenu

Photo extrait

L’ouroboros couronné

inconscient qui subit une modification en accédant à la conscience et en étant perçu par elle, et cela dans un sens spécifique propre à chacune des consciences individuelles. […] « Comme l’inconscient, écrit Pauli, échappe à la mesure quantitative et donc à la description mathématique, et comme tout accroissement de la conscience (ou « conscientisation ») modifie avec nécessité, par action en retour, l’inconscient, il faut s’attendre dans le cas de celui-ci à un « problème d’observation », problème qui présente des analogies avec celui de l’observation en physique atomique, mais comporte des difficultés bien plus considérables. »

Bruno Traversi, L’Arrière-monde ou l’Inconscient neutre – physique quantique et psychologie des profondeurs selon W. Pauli et C.G. Jung, Éditions du Cénacle, p. 80.

Pour aller plus loin

Publication

Préface d’Antonio Sparzani, physicien théoricien à l’Institut national de Physique Nucléaire italien. Aux origines de la physique quantique et de la psychologie des profondeurs.
Existe-t-il un « arrière-monde » ? Peut-on y avoir accès ? De quelle nature est-il ? Les auteurs de cet essai, chercheurs en physique et en psychologie, répondent, en reprenant les travaux communs de Carl Gustav Jung et de Wolfgang Pauli, l’un des pères de la physique quantique. Pauli et Jung ont montré qu’il existe un arrière monde « neutre », c’est-à-dire à la fois physique et psychique, et indifférent à la flèche du temps. Les lois de ce monde peuvent être approchées par la physique quantique, par la psychologie des profondeurs, mais aussi de manière corporelle à l’occasion de certains états modifiés de conscience lors desquelles cet arrière-monde « s’ouvre » pour apparaître de manière très concrète, en modifiant l’environnement. Il devient alors possible d’y pénétrer, de l’éprouver par les sens. Cette étude nous conduit aux abords de la réalité, du visible et de l’invisible, en faisant le lien entre physique, psychologie, et alchimie. Elle s’inscrit à la suite du célèbre colloque de Cordoue qui avait réuni des scientifiques du monde entier (physiciens, psychologues, philosophes, chercheurs en neurosciences, en sciences des religions) pour tenter de comprendre ce qui relie les visions mystiques et les découvertes scientifiques. L’étude présente s’appuie aussi sur plusieurs témoignages de visions et d’expériences de cet « arrière monde » chez certains « visionnaires » comme Ueshiba Morihei, le soufi Ibn’Arabi (et Henri Corbin), ou encore Paracelse, C.G Jung, mais aussi des personnes « ordinaires », en les décrivant et en les analysant précisément, pour en expliquer le processus (Imaginatio vera).

Wolfgang Pauli

L’un des pères de la physique quantique, il collabore avec Carl Gustav Jung, de 1932 à 1945, autour du « problème psychophysique », autrement dit pour découvrir le plan commun sous-jacent à la sphère physique et à la sphère psychique. Lorsqu’en 1932, Pauli rencontre Jung, il est déjà un physicien de grand renom, notamment pour avoir découvert la nouvelle grandeur du nom de spin, avoir postulé l’existence d’une nouvelle particule, le neutrino, et avoir formulé le principe d’exclusion pour lequel il obtiendra le Prix Nobel en 1945. Leur correspondance est publiée chez Albin Michel, sous la direction de Michel Cazenave.

Personnage

Évènements à venir

Le Congrès d’Avignon – Deux parties : le PréCongrès Universitaire du mercredi 9h au jeudi 13h, puis le IV° Congrès Européen de Psychologie Analytique, du jeudi 15h30 au dimanche 13h.

Inscription avant 15 mai pour bénéficier des tarifs réduits.

 

Le PréCongrès Universitaire les 29 et 30 aout 2018, a pour thème :Rencontre : psychologie analytique et recherche universitaire.

Ce pré-congrès est ouvert à tous les publics. Des traductions françaises seront disponibles pour toutes les séances plénières. le programme et les conditions d’inscription au pré-congrès sont à la même adresse : https://www.jungeuropeancongress.org/ à la rubrique “Academic Pre-congress”

 

Le IV° Congrès Européen de Psychologie Analytique du 30 août au 2 septembre 2018 a pour thème :

Relier le familier et l’étranger aujourd’hui : perspectives culturelles, cliniques et théoriques.

Il est ouvert aux analystes (en formation) des sociétés membres de l’IAAP. Il est aussi ouvert aux analystes, psychothérapeutes et étudiants après signature d’une clause de confidentialité. 

Newsletter sur les travaux de C.G. Jung et W. Pauli
de l’association Correspondentia Jung-Pauli du Nord

par Alexandre Mercier, Joffrey Chassat et Bruno Traversi
(Chercheur au laboratoire TEC Université Paris V Sorbonne, chercheur attaché à la SFPA)
contact : bruno.traversi@yahoo.fr

 

Etudes sur Jung et Pauli, Science physique

L’Arrière-monde ou l’Inconscient neutre – Physique quantique et psychologie des profondeurs selon W. Pauli et C.G. Jung

De Bruno Traversi et Alexandre Mercier (dir.), Editions du Cénacle, 2018.

L'Arrière-monde ou l'Inconscient neutreAvec une préface d’Antonio Sparzani – physicien théoricien à l’Institut de Physique Nucléaire italien. Une étude sur l’Arrière-monde ou « monde antérieur », à la fois physique et psychique, au croisement de la physique quantique et de la psychologie des profondeurs. Pendant plus de 25 ans, Carl Gustav Jung, le fondateur de la psychologie des profondeurs, et Wolfgang Pauli, l’un des pères de la physique quantique, collaborent pour trouver l’unité sous-jacente de la psyché et de la matière. Selon eux, l’inconscient, dans ses profondeurs, n’est pas psychique, mais « neutre » – à la fois physique et psychique, il constitue un Arrière-monde indifférent à la flèche du temps, dépassant les dualités monde intérieur/monde extérieur, physique/psychique. A la recherche d’une nouvelle science qui réunira la physique et la psychologie, les deux savants s’intéressent à l’alchimie et particulièrement à son principe opératoire, l’Imaginatio vera, grâce auquel les objets du monde antérieur peuvent prendre « forme et couleur », et apparaître dans le monde sensible parmi les choses. L’Imaginatio vera est également au principe des théophanies comme chez le maître soufi Ibn ‘Arabî ou chez Morihei Ueshiba. Les travaux de Jung et de Pauli permettent non seulement de mieux comprendre les relations (causales et synchronistiques) que l’homme entretient avec son milieu, mais ouvrent également de nouvelles perspectives d’évolutions scientifiques et spirituelles. Collectif – textes réunis par Bruno Traversi et Alexandre Mercier pour une approche transdisciplinaire.
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Etudes sur Jung et Pauli

(Extrait) Préface pour le livre de Bruno Traversi, L’Arrière-monde ou l’Inconscient neutre

Par Antonio Sparzani, physicien théoricien à l’Institut National de Physique Nucléaire italien

« J’ai eu un cas, un universitaire, un intellectuel très mono-orienté. Son inconscient était devenu perturbé et très actif ; tant et si bien qu’il faisait une projection de lui-même sur d’autres hommes qui semblaient alors être ses ennemis, et il se sentait terriblement seul, car tout le monde paraissait être contre lui. […] Lorsque tout ceci devint trop difficile à tolérer, il vint me demander conseil sur quoi faire. En cette occasion, j’eus une impression assez bien définie de sa personne ; je me rendis compte qu’il regorgeait d’éléments archaïques […] »
C’est ainsi, sans en mentionner le nom, que Carl Gustav Jung décrivit sa première rencontre avec Wolfgang Pauli, durant le débat qui suivit la cinquième des Tavistock Lectures, tenue directement en Anglais, du 30 septembre au 4 octobre 1935, sur l’invitation du Britain Institute of Medical Psychology (Tavistock Clinic) à Londres, Malet Place .
Ce premier contact eut lieu en janvier 1932, lorsque le père de Wolfgang, Wolfgang Joseph, un médecin-chimiste ayant fait carrière à Vienne, au début du siècle, un peu soucieux vis-à-vis de la santé mentale de son fils, lui conseilla de se tourner vers son collègue Jung.
Pauli, qui avait alors trente-deux ans, était déjà un physicien théoricien de grand prestige : il avait introduit la nouvelle grandeur du nom de spin dans le domaine de la physique atomique, avait formulé le principe de l’exclusion, qui donnait enfin une explication claire au tableau de Mendeleev (introduit en chimie cinquante ans auparavant), et avait déjà postulé l’existence d’une nouvelle particule, le neutrino.

D’un autre côté, il traversait une période d’inquiétude aiguë sur le plan personnel, due au fait, d’après ses dires, que son succès, certes, en physique, ne s’étendait guère sur le plan des relations avec l’autre sexe. […] Lire la suite « (Extrait) Préface pour le livre de Bruno Traversi, L’Arrière-monde ou l’Inconscient neutre »

Extrême-Orient

Transe et gouvernement de soi et du monde selon Deguchi Onisaburo

De Joffrey Chassat, Editions du Cénacle, 2018.

transe et gouvernement de soi et du mondeCollection « Autour de Ueshiba Morihei » (fondateur de l’aikido). Préface de Bruno Traversi. Deguchi Onisaburō (1871-1948), auteur prolifique, calligraphe, peintre, sculpteur, poète, potier de renom, chef de file d’une importante communauté religieuse, est le seul, avec OTANI Kōzui, à apparaître dans la revue Rekishi tokuhon 『歴史読本』 (Livre de lecture de l’Histoire) de 1993, parmi les 200 personnages qui ont changé l’Histoire du Japon, comme figure religieuse emblématique de l’époque moderne. Au début du XXe siècle, Deguchi, maître de Ueshiba Morihei, fondateur de l’aikido, est célèbre dans tout le Japon pour ses techniques de transes, et son charisme de leader. Il théorise sa pratique en mettant en relation l’art de se gouverner soi-même et de gouverner le pays, voire le monde, avec les différentes formes de possession. Ueshiba Morihei reprendra les techniques de transes, chinkon kishin no ho, de Deguchi pour les mettre aux fondements de sa pratique, l’aikido. L’étude de Joffrey Chassat est une incursion dans le monde extraordinaire de Deguchi.amazon-premium

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Etudes sur Jung et Pauli

Le corps inconscient et l’Âme du monde selon C.G. Jung et W. Pauli

De Bruno Traversi, L’Harmattan, 2016                                                 amazon-premium
Avec une préface de Michel Cazenave
et une postface de Baldine Saint Girons

le corps inconscientEn deçà de notre corps «ordinaire» (sensitif et réactif, «corps animal»), il existe une autre dimension du corps, qui nous relie à ce que C.G. Jung et W. Pauli appellent l’«inconscient collectif» et qu’ils identifient à l’âme du monde. C’est ce «corps originel» que l’auteur nous décrit, en comparant les pratiques corporelles occidentales et orientales. Au confluent de l’Occident et de l’Orient (du Japon), Bruno Traversi fonde son étude sur la collaboration, 25 ans durant, de Carl Gustav Jung avec Wolfgang Pauli, l’un des «pères» de la physique quantique, autour du rapport de l’esprit et de la matière. De la même manière qu’il existe un arrière-monde (étranger à la flèche du temps et à la causalité) au sein de la matière, un arrière-monde au sein de l’esprit, il existe un arrière-monde au sein du corps – un «corps originel». L’auteur décrit précisément, à partir d’observations faites en séances pendant 10 ans, la nature et la spontanéité de ce corps originel qui porte les marques de l’éternité.
Le livre comprend une étude précise de la danse extatique Kagura Mai de Ueshiba Morihei (étude de la transe et de ses phénomènes associés, visions, modifications du rapport à l’espace et au temps, synchronicité).
Etudes sur Jung et Pauli

Préface pour livre de Bruno Traversi, Le corps inconscient

Par Michel Cazenave

On voit bien dans ce texte, qui était au départ celui d’un doctorat universitaire, à quel point, ayant tenu compte des travaux de Mme Maillard, de l’Université de Strasbourg, et de mes propres commentaires (j’ai été si longtemps l’éditeur de Jung, puis celui de la correspondance, qui a duré quelque vingt-cinq ans, entre le psychiatre suisse et Wolfgang Pauli, prix Nobel de physique, et l’un des « pères » de ce qu’on appelait alors la « mécanique quantique » – ainsi que de toutes les réflexions de ce dernier dans le domaine philosophique et dans celui de la psychologie des profondeurs, où il était très proche des positions de quelqu’un comme Werner Heisenberg !), on voit bien, disais-je, comme Bruno Traversi, formé aux disciplines corporelles de l’extrême-orient, a assidûment fréquenté ces deux auteurs et en a tiré toute la « substantifique moelle ».

Puisque Jung, avec l’approbation formelle de Pauli, a toujours tenu que, s’il ne pouvait céder sur ce qu’il appelait « la réalité l’âme », cette âme devait toujours être en communion profonde avec tout ce que nous soufflait notre corps. Serait-ce donc pour rien que, dans l’étude qui a longtemps été la sienne de l’Alchimie comme nous l’avons pratiquée, il termine ce qui aura été son « grand œuvre », c’est-à-dire le « Mysterium Conjunctionis », par une étude de ce que Gherard Dorn, le grand élève de Paracelse, appelle l’« Unio corporalis », autrement dit les noces de l’âme et de l’esprit réconciliés, avec notre structure corporelle – sans quoi il ne saurait y avoir de percée vers ce que Scot Erigène, l’un des « mentors » de Wolfgang Pauli à la suite des conseils de Markus Fierz, professeur de physique théorique et de mathématiques dans l’une des plus prestigieuses universités de Suisse, dénommait déjà l’ « Unus Mundus » : ce monde Un où la différenciation n’était pas encore établie entre le psychique, le spirituel et le matériel ?

Réalité que Jung avait déjà relevée dans les notes finales qu’il avait écrites sur ce chef d’œuvre de l’Alchimie taoïste qu’est le Mystère de la fleur d’or – et en se rappelant que le chan inspiré, justement, du Tao, dans son mélange avec la tradition bouddhiste chinoise, a donné ce zen au Japon, que Suzuki avait si fort popularisé…

Ce qui nous fait souvenir de cet apologue zen, précisément, où l’on relève que, si l’homme ordinaire croit que la montagne existe, celui qui connaît la libération prend en compte qu’elle n’existe pas réellement, jusqu’à ce qu’il arrive à cette suprême connaissance où il doit bien admettre que, selon son mode de réalité, la montagne existe bel et bien.

Et il me semble que c’est là qu’est parvenu Bruno Traversi…

Lire la suite « Préface pour livre de Bruno Traversi, Le corps inconscient »

Etudes sur Jung et Pauli

Postface pour le livre de Bruno Traversi, Le corps inconscient

Par Baldine Saint Girons, professeure émérite de philosophie, Université Paris X

Le livre de Bruno Traversi est fondé non seulement sur la pratique et l’enseignement du katsugen’undo, de l’aikido et de la danse kagura mai, mais sur une solide culture philosophique et scientifique qui leur donne toute sa portée. Étudiant des domaines en apparence très éloignés les uns des autres, il réussit à établir entre eux des liens que les différents spécialistes du jury de sa soutenance de thèse à l’Université de Paris Ouest Nanterre La Défense ont jugés probants. Ainsi s’inspire-t-il de façon inattendue, mais rigoureuse, à la fois de la philosophie de Plotin, de la psychologie analytique de Jung et de la physique quantique de Wolfgang Pauli. Et il a une grande familiarité avec l’œuvre du fondateur de l’aikido, Maître Ueshiba, puisqu’il participe à sa traduction et à son commentaire
Pluridisciplinaire, cet ouvrage est profondément philosophique, grâce à une interrogation constante sur l’articulation entre les différents types de savoir, de savoir-vivre et de savoir-vivre ensemble. Comme le rappelle Wolfgang Pauli, le « savoir scientifique » ne suffit pas : il nous faut un « savoir salvateur » qui s’intéresse au « soi » et qui rende au maître sa juste place. Si essentiel que soit le discours scientifique, il faut se souvenir qu’il y a en lui quelque chose que rien n’arrête, un « tout-savoir » qui efface le sujet de la parole (Lacan). Ce savoir universel et autonome, qui se moque des péripéties dont il est issu, il y a lieu de le relativiser par un discours autre, soucieux du sujet, de sa vérité, de ses possibilités de recentrement. Si les hautes figures des « sages » nous sont alors de la plus grande utilité, c’est qu’elles nous permettent de rabaisser celle des dogmatiques de toutes sortes, nantis d’un pouvoir exorbitant. Dans le « savoir-vivre philosophique», ce qui nous intéresse au premier chef est le perfectionnement d’un esprit, non pas pur, mais engagé dans un corps, non pas solitaire, mais vivant avec d’autres. La philosophie, en ce sens, est la chose du monde la plus concrète et se montre solidaire d’une pratique qui devrait en produire les signes quasiment palpables.
La voie que Bruno Traversi a choisie est donc indissolublement théorique et pratique : elle se situe au carrefour de la philosophie et des « pratiques corporelles » plutôt que dans la seule danse. Et cette recherche a pour cœur une réflexion tenace sur le statut et les mécanismes de la « spontanéité » – une des notions les plus difficiles et les plus paradoxales de la philosophie, et dont les antonymes sont à la fois l’imitation et la contrainte.
Le naturel, le spontané (ziran en chinois, shizen en japonais) est corrélé au non agir (wu wei). Qu’est-ce donc que la spontanéité qui se manifeste en moi sans moi et qu’est-ce que la non-action qui est pourtant la condition nécessaire, sinon suffisante, de toute action véritable ? Comment parvenir aux types d’états psychiques qu’elles préconisent sans m’engager dans une véritable régression ? Est-il vraiment possible de changer de plan, d’abandonner le registre de la vie ordinaire avec ses séquences ordonnées, temporellement irréversibles, et de me situer au moins provisoirement dans un autre monde, où je puisse me recharger en profondeur en entrant en relation avec quelque chose comme un centre, fût-il mythique ? Lire la suite « Postface pour le livre de Bruno Traversi, Le corps inconscient »