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Photo Jung Pauli

Newsletter n°1 – avril 2018

Archétypes, archétypes psychoïdes

Carl Gustav Jung emploie le terme d’archétype pour désigner les contenus de l’inconscient collectif – qui se situe, selon lui, en deçà de l’inconscient personnel ou « relatif » que Freud a circonscrit. Le terme « archétype » se retrouve couramment dans l’Antiquité tardive, sa première occurrence se trouvant chez Cicéron (Lettres à Atticus, 12,5 et 16,3) – du grec archetupos, « modèle primitif ». Jung reprend donc le terme à partir de 1919 en lui conférant un nouveau sens, sens qui évolue au fil de ses travaux, notamment sous l’influence de Wolfgang Pauli, l’un des pères de la physique quantique.
C’est tout d’abord son travail avec les psychotiques qui permit à Jung de repérer dans les comportements et les délires des malades des particularités qui ne peuvent s’expliquer par des circonstances de la biographie individuelle, et qui possèdent des motifs mythologiques. Il en déduit que l’être humain « ne naît pas tabula rasa mais simplement inconscient. Il apporte en naissant des systèmes organisés spécifiquement humains et prêts à fonctionner qu’il doit aux millions d’années de l’évolution humaine. Ces motifs ne sont donc pas inventés, puisqu’ils se retrouvent dans les mythes, les contes de fées, les rêves, les visions de toutes les cultures du monde.» (Psychologie et éducation, Buchet/Chastel, 1963).
Dans Types psychologiques (1921), il définit l’archétype comme une image primordiale – une « trace mnésique, un engramme qui s’est formé par condensation d’innombrables processus événementiels analogues. » Dans ce sens, l’archétype témoigne, non pas de l’histoire individuelle, mais de l’histoire humaine ; et représente, sur le plan individuel, un stade préalable, inconscient, de l’idée. L’archétype constitue de ce point de vue une forme d’instinct – « Il n’y a par conséquent, écrit Jung, aucune raison d’entendre par archétype autre chose que la forme spécifique que l’instinct prend chez l’homme. » L’archétype possède deux versants, biologique et psychique, et constituent des schèmes de comportement humain. Dès Les racines de la conscience, Jung remet en question l’idée que l’archétype soit uniquement psychique : « … on ne peut qualifier avec certitude de psychique. » Il le qualifie alors de « psychoïde », dépassant le clivage physique/psychique. Au cours de ses échanges avec le physicien Wolfgang Pauli (Prix Nobel de physique), cette hypothèse se renforce de sorte qu’il devient une forme de structure, une matrice, reliant le monde intérieur et le monde extérieur, la sphère physique et la sphère psychique, et fondant par conséquent la synchronicité (rapport acausal entre les faits), autre concept majeur mis au point par les deux savants. – L’apport de la physique quantique (à travers Pauli) à la psychologie des profondeurs est ici capital.

« Les archétypes psychoïdes font partie de la substance du psychisme. L’archétype possède empiriquement la propriété de se manifester de façon non seulement psychique et subjective, mais aussi physique et objective, c’est-à-dire qu’on peut éventuellement démontrer son existence à travers un évènement intérieur et psychique et en même temps extérieur et physique. Je vois dans ce phénomène un signe de l’identité des matrices physique et psychique. »

Lettre de Jung à Pauli, le 23 octobre 1953

Correspondance Jung-Pauli.

Archétype et images archétypiques

« L’introspection découvre donc un domaine objectif antérieur à la sphère de l’inconscient personnel. Le sujet, sans possibilités de circonscrire un inconscient qui ne lui appartient pas, mais dont il est à la fois le dépositaire et le phénomène, voit les limites de son intériorité se muer en horizon ; le conscient, avec son centre moïque, baigne dans un inconscient qui l’environne autant qu’il sourd en lui, le déterminant de part en part. Or, ce domaine antérieur au moi ne se donne pas directement : ce n’est pas l’inconscient qui se révèle à l’introspection, mais un contenu inconscient devenu conscient, une « image ». Le problème de l’observation que souligne Pauli renvoie à la différence que fait Jung lui-même entre l’archétype – invisible – et son phénomène dans le monde intérieur, l’image archétypique – le visible. « La réalité invisible, écrit Pauli, peut donc être l’inconscient collectif, les phénomènes visibles des représentations conscientes (les représentations sont « visibles » pour le sujet qui se les représente) » . Le passage de l’invisible au visible, de l’archétype à l’image archétypique, lors de l’observation intérieure est une transformation : « De par sa nature profonde, écrit Jung, l’archétype est un contenu

Photo extrait

L’ouroboros couronné

inconscient qui subit une modification en accédant à la conscience et en étant perçu par elle, et cela dans un sens spécifique propre à chacune des consciences individuelles. […] « Comme l’inconscient, écrit Pauli, échappe à la mesure quantitative et donc à la description mathématique, et comme tout accroissement de la conscience (ou « conscientisation ») modifie avec nécessité, par action en retour, l’inconscient, il faut s’attendre dans le cas de celui-ci à un « problème d’observation », problème qui présente des analogies avec celui de l’observation en physique atomique, mais comporte des difficultés bien plus considérables. »

Bruno Traversi, L’Arrière-monde ou l’Inconscient neutre – physique quantique et psychologie des profondeurs selon W. Pauli et C.G. Jung, Éditions du Cénacle, p. 80.

Pour aller plus loin

Publication

Préface d’Antonio Sparzani, physicien théoricien à l’Institut national de Physique Nucléaire italien. Aux origines de la physique quantique et de la psychologie des profondeurs.
Existe-t-il un « arrière-monde » ? Peut-on y avoir accès ? De quelle nature est-il ? Les auteurs de cet essai, chercheurs en physique et en psychologie, répondent, en reprenant les travaux communs de Carl Gustav Jung et de Wolfgang Pauli, l’un des pères de la physique quantique. Pauli et Jung ont montré qu’il existe un arrière monde « neutre », c’est-à-dire à la fois physique et psychique, et indifférent à la flèche du temps. Les lois de ce monde peuvent être approchées par la physique quantique, par la psychologie des profondeurs, mais aussi de manière corporelle à l’occasion de certains états modifiés de conscience lors desquelles cet arrière-monde « s’ouvre » pour apparaître de manière très concrète, en modifiant l’environnement. Il devient alors possible d’y pénétrer, de l’éprouver par les sens. Cette étude nous conduit aux abords de la réalité, du visible et de l’invisible, en faisant le lien entre physique, psychologie, et alchimie. Elle s’inscrit à la suite du célèbre colloque de Cordoue qui avait réuni des scientifiques du monde entier (physiciens, psychologues, philosophes, chercheurs en neurosciences, en sciences des religions) pour tenter de comprendre ce qui relie les visions mystiques et les découvertes scientifiques. L’étude présente s’appuie aussi sur plusieurs témoignages de visions et d’expériences de cet « arrière monde » chez certains « visionnaires » comme Ueshiba Morihei, le soufi Ibn’Arabi (et Henri Corbin), ou encore Paracelse, C.G Jung, mais aussi des personnes « ordinaires », en les décrivant et en les analysant précisément, pour en expliquer le processus (Imaginatio vera).

Wolfgang Pauli

L’un des pères de la physique quantique, il collabore avec Carl Gustav Jung, de 1932 à 1945, autour du « problème psychophysique », autrement dit pour découvrir le plan commun sous-jacent à la sphère physique et à la sphère psychique. Lorsqu’en 1932, Pauli rencontre Jung, il est déjà un physicien de grand renom, notamment pour avoir découvert la nouvelle grandeur du nom de spin, avoir postulé l’existence d’une nouvelle particule, le neutrino, et avoir formulé le principe d’exclusion pour lequel il obtiendra le Prix Nobel en 1945. Leur correspondance est publiée chez Albin Michel, sous la direction de Michel Cazenave.

Personnage

Évènements à venir

Le Congrès d’Avignon – Deux parties : le PréCongrès Universitaire du mercredi 9h au jeudi 13h, puis le IV° Congrès Européen de Psychologie Analytique, du jeudi 15h30 au dimanche 13h.

Inscription avant 15 mai pour bénéficier des tarifs réduits.

 

Le PréCongrès Universitaire les 29 et 30 aout 2018, a pour thème :Rencontre : psychologie analytique et recherche universitaire.

Ce pré-congrès est ouvert à tous les publics. Des traductions françaises seront disponibles pour toutes les séances plénières. le programme et les conditions d’inscription au pré-congrès sont à la même adresse : https://www.jungeuropeancongress.org/ à la rubrique “Academic Pre-congress”

 

Le IV° Congrès Européen de Psychologie Analytique du 30 août au 2 septembre 2018 a pour thème :

Relier le familier et l’étranger aujourd’hui : perspectives culturelles, cliniques et théoriques.

Il est ouvert aux analystes (en formation) des sociétés membres de l’IAAP. Il est aussi ouvert aux analystes, psychothérapeutes et étudiants après signature d’une clause de confidentialité. 

Newsletter sur les travaux de C.G. Jung et W. Pauli
de l’association Correspondentia Jung-Pauli du Nord

par Alexandre Mercier, Joffrey Chassat et Bruno Traversi
(Chercheur au laboratoire TEC Université Paris V Sorbonne, chercheur attaché à la SFPA)
contact : bruno.traversi@yahoo.fr

 

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